Points à retenir :
- Les offres d’emploi ont continué de reculer en France, avec une baisse annuelle de 16,6 % en septembre 2026, contre 20 % un an plus tôt.
- Le ralentissement concerne l’ensemble des familles de métiers, même si l’ampleur de la baisse varie fortement selon les catégories.
- Quelques secteurs restent au-dessus de leur niveau d’avant-pandémie, notamment la restauration, le commerce de détail, le nettoyage et l’assainissement, ainsi que certains métiers de la santé et de la protection.
- La croissance annuelle des salaires affichés s’est stabilisée à 1,7 % en août, un rythme inférieur à l’inflation, qui atteignait 2,6 % sur la même période.
- La part des CDI dans les offres est en légère baisse, passant de 78 % en 2024 à 75 % en 2026.
- La part des offres d’emploi en CDI recule dans de nombreuses familles de métiers, y compris dans les médias et la communication (-8 points) et le nettoyage et l’assainissement (-18 points).
Le marché de l’emploi continue de ralentir : les offres d’emploi reculent, la progression des salaires reste inférieure à l’inflation et les employeurs semblent privilégier davantage la flexibilité.
Le contexte économique s’est encore détérioré au cours de cette année. La prévision de croissance du PIB pour 2026 a été revue à la baisse, passant de 0,8 % dans les projections de mars 2026 de l’OCDE à 0,4 % dans sa prévision de septembre 2026.
L’envolée du prix du pétrole, à la suite du blocage du détroit d’Ormuz, a pesé sur l’activité économique à travers l’Europe et fragilisé la confiance des entreprises comme des ménages, déjà confrontés à une inflation qui grignote leurs salaires.
En France, les acteurs économiques doivent également composer avec les incertitudes liées aux élections présidentielles d’avril prochain, un budget de l’État sous tension et une transformation profonde du monde du travail sous l’influence de l’intelligence artificielle.
Le recul des offres d’emploi se poursuit
Les offres d’emploi ont continué de baisser, mais le rythme du recul s’est légèrement modéré malgré le contexte économique : après une baisse de 20 % sur un an en septembre 2025, le volume d’offres a diminué de 16,6 % sur les douze mois à septembre 2026.

Le volume d’offres d’emploi a diminué sur un an dans toutes les catégories métiers analysées par le Hiring Lab d’Indeed, allant de -7 % en génie industriel à -31,1 % pour les emplois en création artistique et design.
Malgré cette baisse généralisée, une poignée de catégories se maintient encore au-dessus de leur niveau d’avant-pandémie : c’est largement le cas pour le commerce et les services de proximité – par exemple, la restauration, le commerce de détail et le nettoyage et assainissement-, ainsi que pour les métiers de la santé et de la protection.
Ces secteurs ont longtemps résisté au ralentissement du marché de l’emploi. Leur maintien à un niveau relativement élevé traduit à la fois des besoins structurels, notamment dans les métiers de la santé, et une demande persistante pour des services essentiels ou directement liés à la consommation des ménages.

Les salaires progressent, mais pas assez pour préserver le pouvoir d’achat
La croissance annuelle des salaires affichés, mesurée par l’Indeed Wage Tracker, s’est stabilisée en France, atteignant 1,7 % en août après un léger ralentissement en début d’année. Elle reste toutefois nettement inférieure à l’inflation, qui atteignait 2,6 % sur la même période. Les salaires affichés progressent ainsi près d’un point moins vite que les prix.

Cette évolution pèse sur le pouvoir d’achat des actifs. La comparaison avec la moyenne de la zone euro montre que l’inflation s’y est maintenue à un niveau plus élevé depuis son pic de 10,6 % en 2022, entraînant des croissances salariales plus importantes que dans l’Hexagone. Les salaires proposés en France montrent toutefois une progression plus modérée, et l’écart entre leur croissance et l’inflation y est actuellement plus marqué que dans plusieurs autres pays européens.
Moins d’offres d’emploi et de plus en plus de personnes à la recherche d’un emploi : ces signes d’un marché affaibli indiquent que la « guerre des talents » se calme, à l’exception de quelques poches du marché du travail. Les employeurs sont donc moins incités à proposer des salaires toujours plus élevés. La faible croissance des salaires traduit ainsi aussi une demande de main-d’œuvre en retrait.
Le ralentissement modifie aussi la qualité des emplois proposés
Le ralentissement ne réduit pas seulement le nombre d’offres d’emploi : il en réduit aussi la qualité.
Les employeurs sont confrontés à des budgets restreints et à un horizon de planification limité. Cette situation peut les conduire à différer certains recrutements, à se montrer plus sélectifs et à privilégier des formes d’emploi plus flexibles.
La part des nouvelles embauches en CDD est actuellement en hausse selon la DARES. Les données Indeed montrent également que la part des CDI proposés recule dans de nombreuses catégories, même si cette évolution n’est pas uniforme selon les métiers.
Alors que la part des CDI baisse légèrement, passant de 78 % en 2024 à 75 % en 2026 parmi les offres publiées par des employeurs directs (hors intérim), ce léger repli masque des écarts marqués entre familles de métiers.
Dans la construction, la part des offres en CDI progresse de 8 points. On enregistre également des hausses de la part des CDI dans les offres dans le transport routier (+3 points) et la logistique (+2 points), ainsi que la production et fabrication (+3 points). Dans ces domaines, les offres en CDD et d’autres contrats temporaires reculent encore plus vite que celles en CDI.
En revanche, la part des offres en CDI recule de 18 points dans le nettoyage et l’assainissement et de 8 points dans les médias et la communication comme dans les métiers de la pharmacie, au profit des contrats courts.
Cette tendance ne signifie pas que les entreprises abandonnent les recrutements en CDI. Elle suggère plutôt qu’elles cherchent à conserver davantage de flexibilité dans un contexte où les perspectives économiques restent incertaines.
Pour les candidats, cette évolution peut se traduire par des opportunités plus nombreuses sous des formes contractuelles moins stables, mais pas seulement. Les employés en CDD sont aussi moins susceptibles d’être formés, fragilisant le développement de compétences à long terme. Le marché du travail s’ajuste donc de deux façons : les offres sont moins nombreuses et les conditions proposées moins favorables.

Un marché plus difficile, mais pas sans opportunités
Les candidats sont les premiers à subir ce retournement du rapport de force. Ils doivent composer avec moins d’offres, une concurrence accrue, des salaires qui progressent moins vite que les prix et, dans certains cas, des contrats moins stables.
Les employeurs bénéficient pour leur part d’un plus grand choix de candidats. Ils restent toutefois confrontés à des pénuries persistantes dans certains métiers, notamment dans les secteurs où les besoins sont structurels ou liés à des services essentiels.
Le marché ne devient donc pas uniformément défavorable. Il devient plus polarisé. Les opportunités se concentrent davantage dans certaines catégories de métiers et certains secteurs, tandis que les candidats dont les compétences sont moins directement mobilisables peuvent rencontrer davantage de difficultés.
À court terme, le marché du travail français devrait rester marqué par une demande prudente et des recrutements plus ciblés. Une amélioration durable dépendra notamment d’un regain de confiance des entreprises et des ménages.
Dans l’intervalle, les pénuries persistantes dans certains métiers continueront de créer des poches d’opportunités. Mais dans l’ensemble, le marché du travail français ouvre moins de portes, avec des conditions moins favorables : moins d’offres, un pouvoir de négociation réduit et davantage d’incertitude sur la forme des emplois proposés.
Méthodologie
Cette analyse s’appuie sur les offres d’emploi publiées sur Indeed en France. Nous comptabilisons les offres uniques, publiées par des employeurs et en ligne pendant au moins une journée.
Indice Indeed des offres d’emploi. Volume d’offres rapporté au 1er février 2020 (base 100), corrigé des variations saisonnières et lissé sur sept jours. Les familles de métiers sont établies à partir de l’intitulé du poste.
Part des offres en CDI. Le type de contrat est déduit du texte de l’annonce, puis normalisé. Une offre est comptée une fois par mois en ligne. Nous rapportons les offres mentionnant un CDI aux seules offres dont le type de contrat est identifié, soit environ trois quarts des offres. Les offres en alternance et en stage sont exclues.
Salaires. L’Indeed Wage Tracker calcule la croissance des salaires selon une approche proche de celle du Wage Growth Tracker de la Federal Reserve Bank of Atlanta, en suivant les emplois plutôt que les individus. Nous calculons le salaire médian affiché pour chaque combinaison de pays, de mois, d’intitulé de poste, de région et de type de rémunération (horaire, mensuelle ou annuelle), puis calculons la croissance des salaires sur un an pour chaque combinaison, ce qui produit une distribution mensuelle. La mesure mensuelle de la croissance des salaires correspond à la médiane de cette distribution.
Les données de la zone euro correspondent à une moyenne pondérée par l’emploi des taux de croissance en France, en Allemagne, en Irlande, en Italie, aux Pays-Bas et en Espagne. Les pondérations de l’emploi, mises à jour par Eurostat, sont appliquées périodiquement.
Pour une description détaillée de la méthodologie, voir notre article de recherche. Pour accéder aux données, consulter le Hiring Lab Data Portal.