Points à retenir :

  • Les offres d’emploi destinées aux débuts de carrière sont en baisse, mais leur évolution récente ressemble globalement à celle du reste du marché.
  • En 2026, les offres débutants resteraient autour de 61 % de leur niveau de 2022, contre 60 % pour le reste du marché.
  • L’insertion des jeunes est néanmoins davantage compliquée dans un marché plus sélectif, où les employeurs peuvent avoir tendance à privilégier des profils déjà expérimentés, y compris sur des postes non étiquetés « junior ». 
  • Depuis 2022, la part des offres dédiées aux jeunes a légèrement gagné en importance dans l’ensemble, passant de 10,3 à 10,9 %.
  • Les fonctions d’entreprise, de création et de support réservent la plus grande part aux jeunes (19 %), alors que cette part est particulièrement basse dans la santé et le domaine social et de la protection (2,4 % des offres).
  • Les familles de métiers théoriquement plus exposées à l’intelligence artificielle n’observent pas de recul spécifique des emplois débutants par rapport aux autres.

Une entrée difficile sur le marché du travail peut avoir des effets durables sur les trajectoires professionnelles des jeunes : le début de carrière joue un rôle important dans l’accumulation d’expériences et de compétences. Les épisodes de chômage en début de vie active peuvent d’ailleurs laisser des traces persistantes sur l’emploi et les salaires futurs. Nos données Indeed montrent que les annonces étiquetées pour les débuts de carrière suivent la trajectoire en baisse du marché global, rendant l’accès des jeunes à l’emploi plus difficile.

Selon l’Insee, le chômage des 15-24 ans a atteint 21,6 % au deuxième trimestre 2026 en France (+ 2,5 points sur un an), sur fond de ralentissement du marché du travail et de recul des aides à l’apprentissage. Dans ce contexte, les opportunités pour les jeunes travailleurs se raréfient. Les jeunes sont pénalisés par deux mécanismes : d’une part, les offres qui leur sont spécifiquement dédiées se raréfient ; d’autre part, les employeurs se montrent plus sélectifs, privilégiant, lorsqu’ils le peuvent, les candidats les plus expérimentés.

Les offres pour débutants reculent, dans le sillage du marché

Dans l’ensemble, le volume d’offres explicitement orientées vers les débuts de carrière recule nettement, dans des proportions très proches de celles du reste du marché depuis 2022. Dans toutes les catégories observées – offres pour juniors, offres de stage et offres d’alternance –, la baisse est marquée. En supposant que les offres publiées après juillet 2026 pèsent la même part du volume annuel qu’en 2025, les alternances atteindraient 62 % de leur niveau de 2022, les stages 66 %, les offres débutants hors stages et alternances 61 %, et l’ensemble des autres offres 60 %.

Graphique linéaire intitulé « Les principales voies d'accès des débutants au marché du travailsuivent la tendance du marché » comparant les volumes annuels d’offres d’emploi par catégorie, depuis 2020, 100 étant l’indice de base correspondant à 2022.
Graphique linéaire intitulé « Les principales voies d’accès des débutants au marché du travailsuivent la tendance du marché » comparant les volumes annuels d’offres d’emploi par catégorie, depuis 2020, 100 étant l’indice de base correspondant à 2022.

Cela invite à nuancer un diagnostic trop rapide, qui nierait les difficultés vécues par les jeunes : si les offres destinées aux emplois de début de carrière ne sont pas plus touchées que le reste du marché, de quoi se plaint-on ? La hausse du chômage des jeunes et le sentiment de rareté des opportunités sont bien réels, même s’ils ne signifient pas automatiquement que les employeurs aient fermé en priorité les quelques portes explicitement étiquetées « junior ». Une partie importante des difficultés vécues par les jeunes peut venir du fait qu’ils sont aussi en concurrence avec des candidats de tous âges sur un large ensemble de postes n’indiquant pas nécessairement le niveau d’expérience attendu dans leur intitulé de poste. Pour ces postes a priori neutres, l’expérience peut devenir un critère déterminant lorsque le marché ralentit. Les employeurs, qui embauchent moins et sont aujourd’hui face à un vivier de candidats plus important qu’il n’y a encore quelques années, peuvent se permettre d’être davantage sélectifs. Résultat : moins d’embauches de candidats en début de carrière, dont le recrutement suppose souvent un effort de formation plus important

Les opportunités pour les jeunes se déplacent légèrement vers les alternances

Même si leur nombre absolu recule, la composition des opportunités offertes aux jeunes entrant sur le marché du travail évolue. Dans l’ensemble, les offres juniors, les stages et les alternances représentent une part légèrement plus importante du volume total d’offres en 2026 qu’en 2022, passant de 10,3 % à 10,9 % sur la période de janvier à juillet. Cette hausse est principalement portée par les alternances, dont la part est passée de 6,5 % à 7,1 % du volume total d’offres, tandis que celles des stages et des offres juniors stagnent. Autrement dit, dans un marché en ralentissement, les opportunités explicitement ouvertes aux jeunes se déplacent légèrement vers l’alternance, qui semble dans l’ensemble mieux résister que les autres offres de début de carrière.

On peut y voir l’effet de formats plus faciles à préserver en période de ralentissement. Soutenue par des aides publiques, l’alternance, comme les stages, offre aux employeurs un cadre plus balisé, avec un coût et un engagement plus faciles à maîtriser. 

Les catégories de métiers qui consacrent la plus grande part de leurs offres aux jeunes relèvent des fonctions d’entreprise, de la création et du support – par exemple le marketing, le management ou encore la vente : 19 % des offres publiées depuis janvier y sont explicitement ouvertes aux personnes en début de carrière. Les catégories de la tech et de l’ingénierie consacrent 15,3 % de leurs offres aux juniors, tandis que cette part est un peu plus faible dans les métiers manuels, la production et la logistique (9,5 %). Dans le commerce, l’hôtellerie et les services aux particuliers (4,9 %), ainsi que dans la santé, le social et la protection (2,4 %), la part des offres ouvertes aux débutants est nettement plus faible et a récemment stagné, voire reculé.

Graphique à barres intitulé « Une offre sur dix réservée aux débuts de carrière » comparant la part des offres dédiées aux jeunes, par catégories (offres débutants, stages, alternances), sur les mois de janvier à juillet, en 2022, 2024 et 2026.
Graphique à barres intitulé « Une offre sur dix réservée aux débuts de carrière » comparant la part des offres dédiées aux jeunes, par catégories (offres débutants, stages, alternances), sur les mois de janvier à juillet, en 2022, 2024 et 2026.

L’alternance : point de fragilité ou maillon central de l’insertion professionnelle ?

L’alternance reste un maillon central de l’insertion professionnelle en France. Le taux d’emploi des jeunes a fortement augmenté au cours des cinq dernières années, depuis l’introduction des aides publiques aux embauches en apprentissage, en 2020 : la politique de soutien à l’apprentissage créée lors de la période Covid a laissé un impact durable sur l’emploi des jeunes. 

Graphique linéaire intitulé « Le taux d'emploi des jeunes a fortement augmenté sur dix ans » suivant l'évolution du taux d'emploi des 15-24 ans et des 25-74 ans depuis 2016 (en points de pourcentage).
Graphique linéaire intitulé « Le taux d’emploi des jeunes a fortement augmenté sur dix ans » suivant l’évolution du taux d’emploi des 15-24 ans et des 25-74 ans depuis 2016 (en points de pourcentage).

La baisse de ces aides publiques, décidée en 2025, a cependant coïncidé avec un net recul des offres publiées concernées, suggérant un affaiblissement d’une voie d’accès importante à l’emploi pour les jeunes. Si les estimations de la DARES n’observent pas pour l’instant une baisse dramatique des nouveaux contrats d’alternance (-4,8 % sur l’année 2025 et -3,2 % cumulés en mai 2026), les candidats témoignent de difficultés accrues de décrocher un contrat.

L’alternance reste donc un dispositif central d’insertion professionnelle, convoité par les candidats et apprécié par les entreprises. Il est néanmoins soumis à des considérations économiques – de l’État, d’une part, qui se voit confronté à des difficultés budgétaires, et des entreprises, d’autre part, qui sont amenées à soupeser le retour sur investissement de l’embauche d’un alternant dans un monde économique incertain.

L’IA ne semble pas, à ce stade, l’explication centrale du recul de la demande des profils juniors

La progression des outils d’IA alimente de nombreuses inquiétudes sur l’avenir des débuts de carrière, notamment dans certains métiers de bureau. C’est une crainte légitime : l’IA pourrait être bien placée pour effectuer les tâches peu productives qui sont généralement déléguées aux emplois de début de carrière, et les jeunes eux-mêmes se disent particulièrement inquiets du potentiel de substitution de l’IA. Le degré d’exposition à la transformation par l’IA ne semble, pour autant, pas être lié à une baisse plus forte des emplois juniors comparée aux autres offres. L’IA peut renforcer certaines transformations du contenu du travail, mais elle ne paraît pas suffisante, à elle seule, pour expliquer la difficulté d’insertion des jeunes aujourd’hui.

Graphique à bulles intitulé « Les offres dédiées aux débuts de carrière reculent un peu moins que le marché, sans lien apparent avec l'intelligence artificielle » comparant la variation des offres d'emploi réservées aux débuts de carrière ou non, par catégorie de métiers, entre 2022 et 2026. La part des offres susceptibles d'être impactées par l'IA est indiquée par la couleur des bulles.
Graphique à bulles intitulé « Les offres dédiées aux débuts de carrière reculent un peu moins que le marché, sans lien apparent avec l’intelligence artificielle » comparant la variation des offres d’emploi réservées aux débuts de carrière ou non, par catégorie de métiers, entre 2022 et 2026. La part des offres susceptibles d’être impactées par l’IA est indiquée par la couleur des bulles.

Un marché plus sélectif peut pénaliser les débutants

Dans un marché plus tendu pour les candidats, avec moins d’offres et davantage de concurrence, les entreprises ont davantage de latitude pour choisir des profils déjà opérationnels. L’entrée sur le marché du travail devient alors plus difficile pour les jeunes, non seulement parce qu’il y a moins de postes explicitement conçus pour les débutants, mais aussi parce que les postes ordinaires deviennent moins accessibles à ceux qui n’ont pas encore accumulé d’expérience.

Le risque, à terme, est qu’un marché trop sélectif aujourd’hui fragilise l’offre de compétences de demain. Lorsque les jeunes accèdent plus difficilement à un premier emploi, c’est l’ensemble de la chaîne d’accumulation d’expérience qui se grippe. Cela vaut particulièrement dans un pays où les enjeux démographiques et les besoins futurs de main-d’œuvre qualifiée appellent au contraire à mieux mobiliser le potentiel des débuts de carrière.

Dans cette perspective, la question n’est pas seulement de savoir combien d’offres sont explicitement réservées aux profils juniors. Elle est aussi de savoir si les entreprises continuent à ménager de vraies portes d’entrée vers l’emploi, y compris sur des postes généralistes, dans un contexte où elles peuvent être tentées de recruter directement des profils plus aguerris.

Méthodologie

Cette analyse s’appuie sur les offres d’emploi publiées sur Indeed en France. Nous comptabilisons les offres uniques, publiées par des employeurs et en ligne pendant au moins une journée, et déduisons le niveau d’expérience attendu à partir des mots figurant dans l’intitulé du poste. Le corps de l’annonce n’étant pas exploité, une offre n’est classée que lorsque son intitulé contient un signal explicite. 

Nous répartissons les offres en quatre types mutuellement exclusifs. Les offres en alternance sont identifiées par les termes « alternance », « apprentissage », « apprenti » et « professionnalisation » ; les stages par « stage », « stagiaire » et « internship » ; et les offres en début de carrière par « débutant », « junior », « jr » et « graduate », ainsi que par les expressions « premier emploi » et « jeune diplômé ». Lorsqu’un intitulé relève de plusieurs types, il est affecté, dans l’ordre, dans les catégories alternance, stage et début de carrière ; toutes les autres offres constituent la catégorie « autres ».

Les catégories de métiers d’Indeed sont regroupées en cinq grandes catégories. Santé et sécurité réunit les médecins et chirurgiens, les métiers infirmiers, la pharmacie, les techniciens médicaux ainsi que les métiers de la sécurité. Tech et ingénierie couvre le développement logiciel, l’informatique et support informatique, l’administration systèmes et réseaux, ainsi que les différentes spécialités de l’ingénierie. Métiers manuels, production et logistique regroupe l’agriculture et foresterie, la construction, la production industrielle, l’installation et maintenance, la conduite, ainsi que la logistique, l’entreposage et la manutention. Commerce, hôtellerie et services aux particuliers rassemble la restauration, l’hôtellerie et tourisme, le commerce de détail, les services à la personne et aide à domicile, la garde d’enfants ainsi que le nettoyage et l’entretien. Fonctions d’entreprise, création et support comprend la comptabilité, l’assistanat administratif, la banque et finance, les ressources humaines, l’assurance, le juridique, le management, le marketing, la gestion de projet, la vente, le service client, ainsi que les médias, la communication, les arts et le design. 

Le nombre d’offres d’emploi publiées sur Indeed.com, qu’il s’agisse d’offres rémunérées ou non, ne reflète pas le chiffre d’affaires ou les bénéfices potentiels d’Indeed, qui représente une part importante du segment « Technologies RH » de sa société mère, Recruit Holdings Co., Ltd. Les chiffres relatifs aux offres d’emploi sont fournis à titre purement informatif et ne doivent pas être considérés comme un indicateur de la performance d’Indeed ou de Recruit. Veuillez consulter le site web des relations avec les investisseurs de Recruit Holdings et les documents réglementaires déposés au Japon pour obtenir des informations plus détaillées sur la génération de revenus du segment Technologies RH de Recruit.